Comprendre leur origine, leurs usages et l’échéance réglementaire de 2026
Pendant des décennies, les biphényles polychlorés (BPC) ont représenté tout ce que l’industrie recherchait dans un fluide : stabilité, résistance au feu, faible volatilité et isolation électrique. Ces qualités expliquent leur succès et pourquoi, près d’un demi-siècle après leur interdiction au Canada, ils demeurent un enjeu actuel.
D’une découverte de laboratoire à un produit industriel
Les BPC ont été synthétisés pour la première fois en 1881 par les chimistes allemands Hugo Schmidt et Georg Schultz, par chloration du biphényle. La production à grande échelle débute toutefois bien plus tard : la Swann Chemical Company en fabrique industriellement dès 1929, puis Monsanto acquiert l’entreprise en 1935 et commercialise divers mélanges sous le nom Aroclor.
Un Aroclor n’est pas une molécule unique, mais un assemblage de plusieurs congénères, c’est-à-dire des BPC dont le nombre et la position des atomes de chlore varient. Pour la plupart des Aroclors, les deux derniers chiffres indiquent approximativement la teneur massique en chlore : 1242 correspond à environ 42 %, 1254 à 54 % et 1260 à 60 %. Plus cette valeur augmente, plus le mélange tend à être lourd, visqueux et peu volatil.
Où peut-on encore trouver des BPC?
Leur stabilité et leur faible inflammabilité ont favorisé leur emploi comme fluides isolants et caloporteurs dans les transformateurs et les condensateurs. Les bâtiments et équipements antérieurs aux années 1980 méritent donc une attention particulière : transformateurs humides, condensateurs, ballasts de lampes fluorescentes et certains appareils électriques peuvent encore en contenir. Les BPC ont aussi été ajoutés aux peintures, aux produits de calfeutrage et de scellement ainsi qu’à l’asphalte, notamment pour améliorer la souplesse et la résistance au feu ou à la corrosion.
Une stabilité devenue un problème mondial
Dans l’environnement, les BPC résistent à la dégradation pendant des décennies. Peu solubles dans l’eau mais très solubles dans les graisses, ils s’accumulent dans les tissus vivants et leur concentration peut augmenter le long de la chaîne alimentaire. Certains voyagent aussi sur de longues distances par l’air, l’eau et les particules. Une combustion incontrôlée peut en outre produire des dioxines et des furanes hautement cancérogènes. Cette combinaison de persistance, de bioaccumulation et de toxicité a conduit à leur inscription parmi les polluants organiques persistants visés par la Convention de Stockholm.
Le 31 décembre 2026 : une échéance à préparer
Au Canada, la fin d’utilisation de plusieurs catégories d’équipements contenant des BPC est fixée au 31 décembre 2026. L’échéance vise notamment certains équipements contenant de 50 à moins de 500 mg/kg de BPC, les ballasts et transformateurs sur poteaux à partir de 50 mg/kg, ainsi que divers équipements de production, de transport ou de distribution d’électricité. Une utilisation prolongée peut être permise dans certaines circonstances, sous réserve d’une approbation ministérielle; certaines activités autorisées font aussi exception.
Le retrait du service n’est que le début : l’équipement et les liquides peuvent être soumis à des exigences de stockage, d’étiquetage, de destruction et de rapport. Pour les propriétaires d’actifs, le bon réflexe est d’identifier les appareils à risque, de confirmer les concentrations et de planifier une filière conforme. Dans le prochain volet, nous verrons comment la déchloration peut détruire les BPC, récupérer l’huile et prolonger la vie utile du transformateur sans remplacer automatiquement un équipement encore fonctionnel.
Sources de validation





